"On croit qu'on défend la démocratie, en réalité, elle est minée. La démocratie s'adresse à un corps social réfléchi, pas à un agrégat d'individus rois faussement unis dans une émotion collective. Tant qu'on n'aura pas pensé ce problème, on n'arrivera pas à inventer une démocratie de notre temps. Il faut inventer une "économie politique de la vitesse". Conjurer l'instantanéité trompeuse et garder le véritable avantage d'Internet: la densité et la profusion de l'information. C'est un énorme travail de réflexion pour nos contemporains. Et nous devrons y parvenir seuls. Le principe même de l'immédiateté rend le passé obsolète. Ce n'est pas en exhumant Nietzsche, Marx ou Darwin, comme le font les journaux, qu'on s'en sortira. Leur monde disparu est inadapté à nos techniques. Il faut une intelligence collective aujourd'hui."
- narvic
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C'est Fabrice Epelboin, sur RWW (http://fr.readwriteweb.com/2009...), qui me met sur la piste de cet entretien de Virilio. L'analyse de Twitter par Fabrice (qui met en avant l'aspect décisif dans son succès du caractère dissymétrique des réseaux formés par Twitter, ce qui est très juste) passe tout de même à mon avis à côté de la critique de Virilio, qui est très juste... aussi ! ;-) La démocratie n'existe pas sans réflexion individuelle et sans débat. Twitter n'est un lieu ni pour l'un, ni pour l'autre.
- narvic
L'itw chez les Humains Associés est d'ailleurs bcp plus développées que sur le JDD (dsl narvic ;-) ), et mériterait donc un feed à elle seule !
- ydikoi
Ydikoi : en effet, mais par la grâce des liens, voilà donc cet entretien supplémentaire apporté à notre conversation... ;-)
- narvic
je suis a demi perplexe. Paul Virilio utilise le terme "démocratie" alors qu'en fait il parle de social-démocratie, vu qu'il conclut en disant qu'il faut inventer une "démocratie de notre temps". On a déjà vu cette rhétorique de la vitesse sous la plume de l'obscurantiste technologique Nicholas Carr, qui faisait même appel pour l'occasion aux mânes d'un Jean Baudrillard mal digéré. Ce qui me gêne, c'est qu'après avoir dénoncé dans la suite des années 80 le règne de la télévision toute puissante, on change d'objectif pour se tourner vers quelques produits marquants du Web (Facebook, Twitter, etc.) comme si on avait à regretter TF1. Ce n'est pas innocent, cela tendrait donc à prouver que la télévision jouait bien son rôle de relais d'opinion formatée dans la social-démocratie, et qu'Internet offre d'autres choses, un autre univers ou le package "pédagogie ou enfumage des masses" n'est pas encore proposé, ou alors s'il est proposé c'est identifié à du trash par les utilisateurs. Il y a en effet un inverse de l'instantanéité sur Internet et de la réflexion, contrairement à la continuité vidéo de la télévision sur laquelle on ne peut pas revenir, on a tout le temps du monde en tant qu'utilisateur de lire et relire les textes, voir et revoir les vidéos. Evidemment cela on ne le voit pas, l'utilisateur semble de plus multiple dans ses comportements (il n'y a pas que le Web), Et tous ne sont pas des bloggeurs qui reprennent dans la foulée la dernière info.
- Thierry Lhôte
thierryl: Tu n'es pas en train de faire dire à Virilio (et Baudrillard, et même à Carr) bien plus qu'ils ne disent ? ;-) Du coup tu passes sans voir devant l'objection intéressante. [ça ne m'étonne qu'à peine d'un obscurantiste technolâtre tel que toi ;-) ].
- narvic
je ne renie pas que l'interview soit intéressante, narvic, sinon je me serais pas amusé à commenter ;-) mais l'argument de l'instantanéité ne marche pas. L'exemple de la mort de Michael Jackson non plus, car cela a été un grand moment d'émotion et de communion télévisuelle. Emotion et Instantanéité, me font plus penser à ce que l'on a connu avec le média TV, voire presse, avec Internet c'est une autre paire de manche. A moins que tu ne possèdes sous le coude une étude comportementale de l'Internaute, derrière son écran.
- Thierry Lhôte
Préambule: Paul Virilio est un maniaque des questions de la vitesse, de la temporalité et de l'espace depuis de nombreuses années. Tout concourait à l'accident sociétal global. Aujourd'hui il applique sa théorie à twitter. Vitesse et démocratie: nul doute que la démocratie doit s'établir dans une certaine temporalité qui doit dépasser la spontanéité et l'émotivité. Mais on peut aussi dire que l'acte démocratique ou informationnel ne vit pas sur la base d'une seule temporalité. Pour aller plus loin, il faudrait étudier de quelle manière les différentes temporalités (ou mémoire à court, moyen, long terme) influent les unes sur les autres. A titre d'exemple, le 11.01.2001 la chronologie des événement était fournie minute par minute aux «spectateurs», progressivement la chronologie de ces événements s'est distandue. De tous ces micro-événements lesquels aujourd'hui gardons-nous en mémoire et lesquels jouent un rôle dans nos actes citoyens?
- Lyonel Kaufmann
Une "vieille" étude (portant sur un très "vieux" sujet), et sur laquelle on peut méditer à l'heure d'internet : la propagation dans la société française des concepts des Lumières et de la Révolution française, appréhendée par l'historien Pierre Chaunu à travers l'usage des termes "liberté, égalité fraternité". Il aura fallu quasiment deux siècles pour que ce message soit intégré dans toute la société française, depuis les "bourgeois éclairés" jusqu'aux "paysans reculés". Alors certes, les moyens de communication actuel accélèrent la circulation prodigieusement (c'est tout le propos de Virilio, et Baudrillard aussi), mais autant savoir à partir de quelle vitesse initiale le processus s'est mis à accélérer. Peut-être pour ne pas en tirer de conséquences trop... rapides... ;-)
- narvic
Cela laisse d'ailleurs ouverte la question de savoir si ce message a vraiment été intégré dans toute la société française :-)
- Laurent
J'y vais à la hâche et sans nuances : Virilio est, à mon avis, un vieux réac qui prend des attitudes de vieux penseur poseur de la vie comme elle va et qui se raccroche à un vieux monde qui n'en finit pas. Bon, si ça aide pas ça fait du bien de le dire !!!
- Nadine Pestourie
Je plussoie, qui à demandé à Twitter d'être un outil démocratique ? C'est un outil de diffusion de l'information, tout au mieux. Au point où on en est, on pourrait se scandaliser du fait que Twitter n'apporte aucune solution au dérèglement climatique, voir qu'il contribue au problème vu qu'il fait consommer de l'energie... C'est du grand n'importe quoi.
- Fabrice Epelboin
Marx n'est pas dépassé (contrairement à ce que dit Virilio) pour une raison essentielle : Marx n'est pas porté, comme Virilio et tant d'autres aujourd'hui, à pointer les techniques et leurs usages comme le principal problème et, partant, pour que les choses en aillent autrement, à se contenter d'espérer un sursaut de la conscience ou des consciences. Cette façon de pensée idéaliste, dans ses schémas de base, nous vient du XIXeme siècle et, à bien des égards, relève d'une certaine forme d'obscurantisme... Je suis d'accord avec lui pour faire un certain nombre de constats sur l'état de notre monde et pour déplorer les aspects qu'ils dénoncent, mais l'intelligence collective qu'il espére, et qui est effectivement nécessaire, n'émanera pas d'un monde partagé en classes sociales antagonistes et qui repose sur l'exploitation de milliards d'individus. La démocratie qu'espère Virilio ne pourra pas se façonner dans un monde, comme le nôtre, où les usages de nos techniques sont déterminés par la recherche de profit, où la diffusion de l'information est commercialisée, etc... Non, Marx n'est pas dépassé, bien au contraire : il rappelle qu'il faut changer le monde en profondeur, casser les rapports sociaux existants pour qu'on puisse enfin utiliser au profit de tous les formidables technologies qui existent...
- Recriweb
J'apporte moi aussi ma petite hache : Internet n'est pas un espace démocratique.
- Yann Leroux
Yann, envisages-tu de développer? (Je n'ai pas dit que je n'étais pas d'accord avec ça, mais je pense qu'il y aurait une discussion intéressante à lancer sur ce thème)
- Laurent
Mais la démocratie est une notion totalement absurde sur Internet, non? Moi je vois, selon les wwwmondes, de l'absolutisme, de l'anarchie, du collectivisme, voir de l'esclavagisme;)... mais qué démocratie???
- nora bens
Je n'irai pas jusqu'à pousser le marxisme au point de Recriweb (d'autant que je fais preuve moi même de cet idéalisme obscurantiste qui se contente d'espérer un sursaut de la conscience, notamment dans ma dénonciation des dangers de Freindfeed http://fr.readwriteweb.com/2009... un billet, vous l'avouerez, pourtant teinté de Marxisme lui même), mais Recriweb marque un point. Ceci dit, Yann en marque un second, où a-t-on vu de la démocratie sur internet ? Les petites gaminerie de 'zinfluent' actuellement en jeu (auxquelles je participe) sont bel et bien des luttes internes de classes dominantes de ce que j'apelle (le terme est vaseux) 'infocapitalistes' (toujours dans le même billet). - Que faire dès lors ? Attendre un sursaut des conscience pour l'établissement d'une vraie démocratie ? (ha, non, j'oubliais, c'est idéaliste)... Bien joli débat en effet, quoi qu'il en soit...
- Fabrice Epelboin
Sur Internet et espace démocratique j'y reviendrais : c'est sur le chemin de ma thèse. A propos de Virilio, rien de ce que j'ai lu de lui ma convaincu. Il base son raisonnement sur Athenes. Est ce que cela marche a ec les citez chinoises ou africaines ? Il dit des bétises a propos ds débuts de linternet, il est obnibule par la guerre et l'acceleration. Bref pour moi ce n'est pas une bonne clé pour comprendre l'Internet. Je reste avec deleuze, foucault, de certeau. Dans les plus récents Patrice Flichy A fait un excellent travail
- Yann Leroux
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Le billet est intéressant, merci, mais effectivement c'est le "mode opératoire" de Virilio depuis toujours. Qu'il y ait une "propagande du progrès" et beaucoup à penser, c'est certain, mais il mélange un peu vite (justement) les concepts: il place - par exemple - tout sous le règne de l'émotion (immédiateté et internet), ce n'est ni nouveau ni à appliquer à la démocratie au sens politique!! Virilio, pour moi, est aujourd'hui un peu le prêt à penser monolithique moderne (pardon) mais je préfère les esprits plus ouverts.
- Véronique Rabuteau